Pour une Méditerranée de paix : les religions face à face

Un séminaire financé par l’Union européenne s’est déroulé à Catane

ANTONELLA VISINTIN

« MED 2000 pour un avenir soutenable de la Méditerranée » organise des moments de dialogue sur les questions du vivre ensemble fondé sur un rapport renouvelé entre éthique, économie et territoire. Un projet triennal organisé par le Cric (centre régional d’intervention pour la coopération, de Reggio Calabria) et financé par l’Union européenne et par le ministère des Affaires sociales italien. Un premier rendez-vous s’est tenu en 2000 à Malte sur les politiques macro-économiques dans la Méditerranée et le rôle des ONG. Le second s’est déroulé à Catane du 31 janvier au 1 er février derniers avec la collaboration de Millemondi (ONG locale pour la coopération et le développement durable) sur les responsabilités et occasions pour les religions de contribuer à une Méditerranée de paix alors que s’accumulent les armements en Irak.

Le marché socialisant
Tonino Perna, professeur à l’Université de Messine, a introduit les thèmes, en rappelant que dans l’économie précapitaliste le marché était facteur de socialisation et l’échange advenait à partir de liens préexistants et éventuellement extra-économiques, aux prix contractés entre les parties. A cette époque l’économie était une partie de l’éthique et l’église débattait du salaire et des taux d’intérêts « justes », qui garantissent des seuils de péréquation sociale aussi bien vers le haut que vers le bas afin de sauvegarder la société. Puis l’économie a voulu devenir une science laïque, basée sur des mécanismes rationnels, et le marché capitaliste a eu le dessus sur les formes « faibles » sur le plan économique mais fortes sur le plan social. C’est pourquoi ce n’est pas un hasard si en Europe le commerce équitable et le financement éthique sont nés dans les églises, comme cela est confirmé par l’expérience maltaise et par le témoignage d’une école privée confessionnelle de Reggio où a été introduite dans l’emploi du temps l’heure du consumérisme critique.

Quelle consommation ?
Le sociologue G.P. Fabris a récemment publié une recherche sur les comportements de consommation en Italie où il apparaît que 24% de l’échantillon a choisi un produit pour des raisons éthiques et 8% fréquente une boutique du Tiers Monde, contre 1% des 80 restants. Ces phénomènes sont présent aussi en Afrique du nord : il faut savoir les lire, en les décryptant. Teresa Sardella, professeur à l’Université de Catane, a ensuite a brossé une fresque des fondements religieux dans la région en soulignant les origines indo-européennes qui unissent les trois religions monothéistes avec leur structure fondamentale tripartite, liées à la sacralité du ciel gouverné par un dieu père et soumises à une religiosité fondée sur le sacré qui englobe les processus vitaux.

La mondialisation comme mythe
Achille Rossi s’est arrêté sur la mondialisation comme mythe qui colonise l’imaginaire, fait idolâtre et dans le même temps fruit empoisonné du monothéisme. Une nouvelle religion post idéologique pour laquelle on vivait et on mourait, maintenant l’horizon de sens est le fonctionnement de l’économie, dédoublé dans sa forme visible, la production, et invisible, le mythe qui réduit la personne à ce qu’elle veut, à son avidité. Malheureusement nous ne sommes pas préparés à répondre à ce défi, l’éthique chrétienne semble inefficace alors qu’émerge une demande de sacré qui confère beauté à la vie et la rend possible.

Le rôle des églises…
Franco Barbero a aussi insisté sur l’inadéquation de l’instrumentation des christianismes, appelés à se renouveler pour ne pas devenir des musées. Trop ancrées en Occident, les églises doivent se dépayser, comme Abraham, à travers une nouvelle théologie de la création, une pratique libérée de la culture de la mission, une prédication plurielle qui admet beaucoup de voies de salut, de la présomption de la vérité à la responsabilité. Ensuite ont été présentées la vision économique du bouddhisme et l’engagement des églises protestantes européennes avec une référence à la consultation mondiale en cours sur la justice économique.

… et celui de l’islam
La partie musulmane a été abordée sur le versant religieux comme sur celui du dialogue avec le monde chrétien surtout de ce côté de la Méditerranée par Mohamed Nour Dachan, président de l’Union des communautés et organisations islamiques en Italie, alors que le jésuite Giovanni Ladiana a illustré l’engagement diaconal local, partagé par les églises évangéliques. Pino Trombetta, sociologue, a présenté les résultats d’une recherche sur les transformations de l’islam dans l’émigration, les changements de l’identité religieuse de l’immigré, l’organisation existant sur le territoire et l’effort de reconnaissance de la part de l’Etat italien à travers le pacte sur le modèle concordataire. Il a donc été offert le visage le meilleur et le plus vital des religions de la Méditerranée, en souffrance mais réactif face à un capitalisme qui envahit ouvertement ses territoires, intéressé avec d’autres à faire une société locale et une économique solidaire.

RIFORMA n° 8/2003/Fév.