Le texte le plus avancé dans le monde moderne 

III. Contributions et prises de parole des Eglises sur les débats européens - B. Le référendum sur le Traité Constitutionnel

Nous sommes parfois devenus inconscients de la «fragilité de cette paix»
Extrait du journal protestant alsacien Le Messager, n°20/2005

« Le texte le plus avancé dans le monde moderne »

Invitée par le consistoire réformé de Mulhouse dans le cadre de l’opération « Le sens de l’Europe », Catherine Lalumière s’est livrée à une fine analyse du socle de valeurs qui fondent le traité constitutionnel. Des valeurs humanistes dont l’autorité sera dorénavant reconnue et qui expliquent son adhésion enthousiaste au projet.

Anciennement secrétaire général du Conseil de l'Europe, vice-présidente du Parlement européen, ministre déléguée aux affaires européennes et actuellement présidente de la Maison de l'Europe à Paris, Catherine Lalumière est une femme de cœur et de convictions. Connaissant parfaitement les rouages des questions européennes, elle est la première à regretter l'image uniquement utilitaire, technique et économique de l'Europe. Raison de plus, selon elle, d'apprécier ce projet de traité constitutionnel qui fait, enfin, apparaître une Union plus politique qu'économique. Le renforcement des pouvoirs du Parlement ; l'élection du président de la commission par ce même parlement qui suivra le résultat des élections européennes ; la stabilité du mandat du président du conseil européen ; le nouveau ministre des affaires étrangères : autant de progrès démocratiques, hier encore inimaginables.

La force des mots

Beaucoup, surtout parmi les plus jeunes générations, ont oublié l'histoire. L'Europe s'est bâtie sur la conscience d'une culture commune avec, pour premier objectif, la recherche de la paix. Nous sommes parfois devenus inconscients de la «fragilité de cette paix». Revenant sur les objectifs et les valeurs de l'Union, annoncés dans les premiers articles du traité, Catherine Lalumière reconnaît que « ce ne sont que des mots, mais quels mots magnifiques !» La Déclaration universelle des droits de l'homme et du citoyen de 1789, celle de 1948, la Constitution américaine, autant de mots mais avec quelles conséquences ! « Les mots ne sont pas innocents, nous le savons bien, ils peuvent faire vivre ou tuer.» Le débat européen est aujourd'hui au niveau des idées, car la Constitution exprime le niveau auquel nous voulons placer notre idéal, ce que le philosophe américain Jérémy Rifkin appelle « Le rêve européen » : celui d'une philosophie humaniste qui place l'individu, ses libertés, ses droits et ses devoirs au centre des institutions politiques, économiques et sociales.

L'Europe des libertés individuelles et collectives

La Charte des droits fondamentaux aura dorénavant une force juridique qui garantira au citoyen un recours contre l'arbitraire. L'on a coutume de dénoncer les forces aveugles du marché, de craindre un monde déshumanisé, de plus en plus complexe, sur lequel personne n'a plus prise. C'est précisément pourquoi il faut se donner un cadre juridique qui protège les libertés individuelles et collectives, ce qui est l'intention de cette charte.

L'inclusion de cette charte dans le traité constitutionnel justifie à elle seule que l'on ratifie ce dernier. Car nous avons là, aux yeux de Catherine Lalumière « le texte le plus avancé dans le monde moderne », incluant par exemple les droits économiques et sociaux qui ne sont pas dans la Déclaration européenne des droits de l'homme de 1951. L'égalité entre les hommes et les femmes, les bases d'une politique de sécurité et de défense commune, le développement durable, autant d'idées qui sont déjà en train de devenir réalités.

Roland Kaufmann