La construction de l'Europe des Eglises

« Convaincus que les chrétiens doivent être à l'avant-garde de la réconciliation des peuples, l'Assemblée (du protestantisme français) salue l'effort pour la création d'une union européenne. Elle demande à tous les gouvernements de s'associer à l'union européenne, en acceptant une limitation de souveraineté nationale et invite les protestants de France à participer à la construction de l'Europe.»
Nancy, octobre 1950

I. La construction de l'Europe des Eglises

Les peuples européens ont parfois - souvent ? - le sentiment que l’Union Européenne se résume à un ensemble d’institutions bruxelloise, luxembourgeoise ou strasbourgeoise. Ils peinent encore à ressentir la dimension citoyenne de l’Europe. Savent-ils (assez) qu’en ce domaine du « faire Europe » les Eglises chrétiennes se sont lancées il y a bien longtemps dans une aventure magnifique qui peut-être source … d’inspiration.

A. La Conférence des Eglises Européennes (KEK-CEC)

La KEK (Conférence des Eglises Européennes) constitue la plus importante et la plus large communion d’Eglises au plan européen. Elle a été fondée en 1959 et rassemble quelques 116 Eglises de tradition orthodoxe, anglicane, protestante et vieille-catholique. Elle a ses bureaux à Bruxelles.

Pratiquement toutes les Eglises protestantes d’Europe sont rassemblées autour d’un texte, la Concorde de Leuenberg de 1973, dont l'adoption signifiait la fin de la division ecclésiale de plus de 450 ans en Europe.

Au plan catholique, les Conférences épiscopales catholiques romaines d'Europe sont regroupées depuis 1968 au sein du Conseil des Conférences Episcopales d’Europe (CCEE).

Créé en 1972, à la suite de la naissance du CCEE (1971), le Comité mixte (Joint Committee) se réunit chaque année dans le but de définir et de superviser les diverses initiatives conjointes de la CEC et du CCEE. Les activités entreprises jusqu’à présent comprennent plusieurs réunions œcuméniques, les trois Assemblées œcuméniques européennes (Bâle, 1989, Graz, 1997 et Sibiu, 2007) et la Charta Oecumenica (2001).

Bâle 1989 : Pour la première fois, les Eglises de toute l’Europe se rassemblent pour regarder ensemble, en chrétiens d’Europe, leur héritage, les promesses et les défis auxquels ils sont conviés dans leur témoignage. Venus des 4 coins de l'Europe pour ce 1er RASSEMBLEMENT OECUMENIQUE EUROPEEN (ROE) , des chrétiens de toutes les traditions s'engagent à agir en faveur d'un continent réconcilié avec lui-même, malgré le rideau de fer qui subsiste... :

• Le thème choisi pour ce 1er ROE : « Justice, Paix et Sauvegarde de la création ». Un thème toujours d’actualité en ce début de XXIe siècle.

• Les Églises de l'Est sont représentées au rassemblement. Le président de la KEK est alors le métropolite ALEXIS de Leningrad dont le discours d'accueil impressionne l'assistance : on sent quelques frémissements qui aboutiront, quelques mois plus tard, à la chute du mur de Berlin.

Graz 1997 : Les événements politiques de la fin de l’année 1989 sont suivis de situations de guerre qui déchirent l'ex-Yougoslavie alors que la liberté rendue aux Églises suscite des problèmes nouveaux entre les Églises orthodoxes et l'Église catholique romaine. La KEK et le CCEE choisissent alors pour thème du 2ème Rassemblement Oecuménique Européen : « la réconciliation, don de Dieu et source de Vie nouvelle ».

Strasbourg 2001 : «Dans l'esprit du message des deux premiers ROE, une CHARTE OECUMENIQUE est signée, qui incite toutes les Églises chrétiennes du continent à prendre part à la construction de l'Europe. Traduite en 31 langues, elle souligne leur responsabilité commune : « sur notre continent européen, de l'Atlantique à l'Oural, du Cap Nord à la Méditerranée, marqué plus que jamais par une pluralité culturelle, nous voulons, avec l'Évangile, nous engager pour la dignité de la personne humaine comme image de Dieu et, comme Églises, contribuer à la réconciliation des peuples et des cultures. »
A lire : l’exégèse de la Charta oecumenica, par le pasteur Gill Daudé, responsable du Service oecuménique de la Fédération protestante de France.

Sibiu 2007 : après Bâle et Graz, les chrétiens européens sont invités à cheminer ensemble après le troisième ROE : l'Assemblée européenne de Sibiu en 2007.

B. La participation des protestants européens  

La KEK-CEC joue le premier rôle au plan du témoignage et du rassemblement des chrétiens d’Europe. Elle est l’arbre … qui ne cache pas (!) la forêt des associations et des Eglises notamment protestantes, qui oeuvrent au plan européen*.

(*Notre dossier « LE PROTESTANTISME ET L'EUROPE », mis en ligne en octobre 2005, vous invitait à cheminer … dans cette forêt ! )

A Bruxelles, les 9 et 10 mars 2018, les membres du Conseil des Conférences Episcopales d’Europe (CCEE) et de la Conférence des Eglises européennes (KEK-CEC) ont échangé leurs points de vue sur le thème «Témoigner notre foi dans un monde sécularisé». Le sujet se rattache directement à l'Assemblée Générale de la KEC de 2018, qui a eu lieu à Novi Sad, en Serbie, du 31 mai au 6 juin 20018, sur le thème «Vous serez mes témoins».

Dans sa réflexion, le Révérend Christopher Hill, de l’Église d’Angleterre, alors Président de la KEC, a suggéré que les conséquences de la crise financière, du chaos au Moyen-Orient et de la crise migratoire qui en découle exigent, plus que jamais, un témoignage encore plus fort de la foi chrétienne en Europe. Il a présenté l’Assemblée générale de la CEC comme un moyen important pour ses 116 Eglises membres de témoigner de leur foi chrétienne.
Elle a élu à sa présidence le pasteur Christian Krieger de l'UEPAL.

Cette assemblé a traité en particulier la question de la vision de l’Europe que nos Eglises souhaitent défendre, à partir du document de travail « Quel avenir pour l’Europe ? ».

Pour Anne-Laure Danet, responsable du service des relations avec les Eglises chrétiennes de la FPF, les Eglises ont un rôle important à jouer dans leur témoignage sur des questions qui sont essentielles, notamment nos valeurs communes.